LATINA MAGAZINE Tamikrest 「砂丘の裏側の音」

「砂丘の裏側の音」

ラティーナ 2017年5月号
文 © Alissa Descotes-Toyosaki

2017-05-03 タミクレスト_ゲラ02

PDF :  タミクレスト  Latina magazine (JAPANESE)

 

–TAMIKREST / KIDAL – parution Latina Magazine Japon, mai 2017

Le son de l’autre côté des dunes

(Interview réalisée et traduite par Alissa Descotes-Toyosaki)

Un nuage sombre dans le ciel orange recouvre la ville d’une atmosphère étrange. Kidal. Classée zone rouge, elle est entourée d’un désert immense de 250 000 km2 parcouru par des patrouilles anti-terroristes américaines ou françaises. Les touaregs, eux, y mènent depuis 1963 des insurrections armées. Leur objectif, l’indépendance de l’Azawad, un territoire ancestral qui couvre tout le nord du Mali. Cet Azawad est l’inspiration qui a donné naissance au “blues du désert”, un courant musical né vers les années 80 à Kidal avec le groupe Tinariwen -lauréat en 2012 du Grammy award du meilleur album “musique du monde”. La jeune génération d’artistes comme Tamikrest transmettent à leur tour cette musique qui souffle sur tout le Sahara comme un vent brûlant. Chants de souffrance de leur peuple cloisonné dans des frontières et massacré par l’armée malienne, chants de révolte qui amène l’espoir à tous les touaregs disseminés entre le Mali, le Niger, l’Algérie ou la Libye. Fils de nomade, Ousmane ag Mossa né en 85 n’a pas connu comme son père les grandes caravanes de sel qui traversaient le désert. Le leader de Tamikrest fait partie de la génération de la guerre et du chômage. Avec les membres de son groupe, il est exilé à Tamanrasset dans le sud algérien quand il rencontre le producteur et musicien de Dirtmusic Chris Eckman. En 2006, le groupe Tamikrest sort son premier album “Adagh”, en 2014 il est nommé meilleur groupe par le magazine Songlines lors de la sortie du quatrième album “Chatma”. Après un long silence de trois ans, voici “Kidal”, un album qui ne ressemble à aucun autre. Un voyage musical qui dépasse les frontières du Desert Blues, et nous emmène en terre inconnue, de l’autre côté des dunes.

(Interview Ousman Ag Mossa , 6/4/2017)

– Trois ans ont passé entre les albums “Chatma” et “Kidal”. Qu’avez-vous fait pendant ce temps?

En 2014, j’ai arrêté les tournées. J’avais des problèmes personnels et besoin de temps pour moi. Je suis revenu dans ma ville natale, j’ai vu ma famille et beaucoup composé. Tous les soirs à 18h j’allais dans ma cabane et je m’enfermais là jusqu’à 5h du matin pour jouer de la guitare avant de rentrer dormir chez mon frère, jusqu’à 18h. Ce rythme de travail a duré pendant des mois. C’est comme si j’étais un employé de bureau !

– A quoi ressemble votre ville natale?

C’est une ville frontalière qui s’appelle Tinzawatene. Elle est coupée en deux depuis le découpage des frontières par les français. La rive nord de l’oued est algérienne, la rive sud est malienne. Le long de cette ligne, environ 6000 soldats algériens patrouillent. C’est l’équivalent de la population qui y habite! On dirait une prison en fait. Mais c’est ma ville natale, là où vit ma famille. Quand j’en ai marre, je regarde les étoiles dans le ciel. Les étoiles du désert sont très belles vous savez.

-Quelle est la situation à Kidal depuis 2012?

Quand on marche dans la ville, on croise des casques bleus, des américains, des tchadiens, des français et quand on regarde en l’air on voit des avions de chasse et des hélicoptères. Des fois j’ai l’impression que je regarde un film de guerre qui se passe en Irak! Les terroristes font du tourisme dans les montagnes, et la mission Barkhane fait des balades en ville. Franchement je ne comprends pas ce qu’ils font des deux côtés. Pour les terroristes, les touaregs sont des espions, pour l’Onu nous sommes des terroristes potentiels. Le Mali lui prie pour notre disparition (rires)

– Aujourd’hui c’est le 6 avril, c’est une date qui a vous a marqué?

Cette date est plus importante que mon anniversaire! Le 6 avril 2012 a vu la naissance de la République de l’Azawad. La communauté internationale n’a jamais reconnu la souveraineté de cet Etat et a préferé negocié encore des accords de paix avec le Mali. Six ans plus tard, où est la paix? Les régions de Kidal, Tombouctou, Gao jusqu’à Bamako sont le théâtres d’attaques terroristes sanglantes. Mais malgré tous les obstacles, les femmes, les enfants, les vieillards, toute la population est plus determinée que jamais. Les azawadiens sont très courageux dans leur lutte et j’en suis fier.

– L’album Kidal est un voyage vers quelle destination?

Il faut attendre la fin du voyage pour le savoir ! Mais ce qui est sur , c’est qu’il y a beaucoup de brouillard sur la route qui empêche d’aller trop vite, il faut ramper, contourner des obstacles, faire des détours, c’est un voyage lent.

– Quel est votre morceau favori ces derniers temps?
J’écoute “Double trouble”, la version live d’Eric Clapton au Budokan , en 1979 à Tokyo

– Tamikrest est en tournée depuis le mois d’avril. Le Japon est aussi dans votre programme?

Oui, je l’espère. J’aime beaucoup le nom et l’album de Pink Floyd “La face cachée de la lune”. Pour les japonais, le Sahara est un peu comme l’autre côté de la lune. Ou plutôt la face cachée des dunes! C’est un titre d’album que j’aimerais faire un jour.

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