“Musiciens de l'Ahaggar et des Ajjers”


÷Videos des musiciens   ÷Instruments et voix   ÷mp3   ÷Voyage en images  ÷Infos complémentaires

 

En mai 2008, j'ai accompagné un journaliste japonais pour faire un reportage sur la musique touarègue, à travers les interviews de musiciens du Hoggar et des Ajjers qui allaient participer cet été au Tokyo Summer Festival pour donner vie au joli thème de "Echos de la forêt, Voix du désert" (Fondation Arion ). Voici quelques extraits de musiques et d'images, le reste de ce reportage se situant évidemment dans le contexte extraordinaire de ces bandes de touaregs parcourant les rues de Tokyo au milieu d'une foule d'écolieres aux cheveux jaunes et de garçons teints aux ultra-violets avec des nounours accrochés à leur sac à dos... à suivre donc !

 

Vidéos des musiciens

 

NOTE:cliquez sur la photo pour voir la video. Pour une vision optimale, merci de patienter jusqu'à la fin du téléchargement


÷ Tamanghasset ÷
 Tindi et imzad

 Lalla    Shenna

 

 

÷ Iherir÷  Tindi jerrican et tahamat

 Khadija   Khadija

 

 

÷ Djanet÷  Oud

 Choghli

 

 

Instruments et voix

 

Imzad
"L'imzad est la musique du coeur, celle qu'on joue pour adoucir les guerriers avant le rezzou"
Shenna, sextagénaire, est l'une des trois joueues vivantes d'imzad dans la région du Hoggar. La discipline qu'exige cet instrument allié à sa confection difficile expliquent en partie les raisons de sa disparition. L'imzad a un son mélancolique et grave qui semble sortir tout droit des tréfonds du désert. Le chant est une poésie chevaleresque qui célèbre les actes passés: le courage d'un guerrier mort au combat, la beauté d'un amour. Quand cet instrument résonnait dans le campement, les hommes s'asseyaient et écoutaient sans un bruit jusqu'à l'épuisement de la dernière note. Se lever ou interrompre l'imzad était un déshonneur tel qu’ un serpent n'aurait pu troubler le silence des hommes repliés sous leurs voiles comme des oiseaux, l'âme grandie et prêts à partir au combat.

Tindi
Le tindi est festif, battement du coeur des hommes et des chameaux à l'unisson, musique de réjouissances et de galanteries. Le tarlilit sensuel des femmes et le cri viril des hommes se mêlent à la sueur du tambour et réveillent les âmes les plus timides qui se serrent dans l'obscurité complice de la lune. Mortier recouvert d'une peau de chèvre, à la fois instrument de cuisine et de musique, le tindi est de toutes les fêtes. Deux femmes assises en ses extremités veillent au timbre de la peau en la tendant ou en l'humectant, une troisième chante des poèmes de bergères, et les autres claquent des mains et de la langue. Il est l'instrument même de la vie nomade: mobile et réversible.

Tarlilit
Il existe probablement beaucoup de différents youyous sur la planète mais le tarlilit des touaregs est celui que je préfère. Ces cris de femmes qui expriment à la fois l'allégresse, l'encouragement ou même la désapprobation selon le contexte, sont dans les sociétés nomades la marque de la prédominance des femmes dans tout ce qui concerne la vie au campement. Sous la tente, les femmes sont reines et les hommes se voilent le visage à leur approche, ne laissant apparaître que la lame acérée des yeux, aucune émotion ne perce: gare à celui qui par un acte déshonnorant pourrait devenir la risée des femmes! Chez les touaregs, cette autorité féminine a le timbre puissant du tambour tindi, la volupté douce et sombre d'un air d'imzad, et la sensualité à fleur de peau du tarlilit. Car il faut savoir écouter ces tarlilits pendant les fêtes! Il suffit d'un pour entraîner une vague sonore de tarlilits sortis des tréfonds de l'âme féminine, qui déferlent dans l'air, vibrent au dessus de nos têtes comme des papillons avant de s'envoler au loin en nous laissant les poils hérissés et la chair de poule. Le mot tamacheq "tarlilit" a la consonnance juste de ce qu'on appelle vulgairement youyous, pour désigner le cri lancé par les femmes, surtout en Afrique du Nord. Mais le tarlilit n'est pas un cri, c'est un chant dont le corps se fait instrument: la caisse de résonnance est la bouche et la langue, sa corde. C'est les vibrations de la langue de gauche à droite qui donnent toute la force et l'impulsion des tarlilits , comme la anche qui bat sur un bec de saxophone. Sa durée va de 3 à 8 secondes en moyenne, ce qui peut sembler court sur le papier mais essayez donc d'agiter votre langue à toute vitesse dans votre bouche sans ralentir, vous verrez combien vous tiendrez! Biensûr le souffle y est pour beaucoup, ainsi que la voix qui atteint des octaves dignes d'un soprano. Les femmes disent d'ailleurs qu'une telle a fait un "tarlilit tan tidit", un vrai tarlilit, car sa voix est restée pure grâce au régime lait de chamelle-céréales. Ce qui n'est pas le cas des femmes des villes qui mangent de plus en plus de plats variés et gras, l"huile étant l'ingrédient qui étouffe la voix ! Voilà donc que ce qui nous semblait être à la portée de tout le monde s'avère en fait un art au même rang que la musique: il y a des femmes qui savent les vrais tarlilits, et d'autres non! Ecoutons donc la sonorité de quelques uns de ces cris frémissants, vous verrez que pas un ne ressemble à l'autre...

  Le dernier tarlilit est celui d'une femme de Djanet, qu'on entend encore sur l' air d'imzad ci-dessous, un cri haut et pur qui n'a plus grand chose à voir avec les youyous qu'on entend dans les halls d'aéroport (quand il y a un mariage) :

 Magnifique !!

 


 

 

mp3  

 

imzad et tazammart (Shenna) 

tindi (Khadija)

oud (Choghli)

 

Voyage en images

 

Touareg musicians from Ahaggar and Ajjers (Galerie) > cliquez sur la photo!


 

 

Infos complémentaires sur la musique touarègue

÷ Sahara: voyage musical à la frontière sud de la Méditérannée, article d'ethnomusicologie→
÷ Tamasheq.net , du potin au lexique: tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur les musiciens touaregs
÷ Musique touarègue, par Agadez-Niger.com