ELIKI EL DABAB

 

Nov 2008

Après la torpeur de l'été, la petite oasis de Djanet vibre avec l'arrivée des premers charters de la saison. Il n'a pas plu mais dans le désert c'est une réalité auquelle on est habitué: Tazeydert, la patience, toujours récompensée. Et puis, il y a le festival de Djanet qui accueille cette année des musiciens de plusieurs régions du sud pour une semaine de festivités, un grand évènement au bled! Les rues sont parées de multitudes de drapeaux algériens et sur la place du souk on a installé une scène. Mais en attendant on a une priorité: nourrir les chameaux! La sécheresse a provoqué une pénurie d'orge car tous les éleveurs se sont rabattus sur cette céréale dont le prix n'arrête pas de monter! mais, il y a el kadab, cette herbe dont raffole les chameaux qui pousse dans les jardins de Djanet et qu'il faut donner chaque jour pour nourrir ces gros herbivores! Heureusement qu'on a un véhicule pour transporter tous ces paturages... A quelques km, les chameaux sont gardés par Moussa, plus les mois passent plus on se rapproche de Djanet pour éviter les longues heures de transfert. A la vue du 4/4 beige conduit par Hamani, les chameaux accourent avec les pattes entravées et reniflent la Toyota comme si c'était un frigo! Aujourd'hui c'est la fête car les propriétaires ont versé une cotisation depuis le Japon ou la France pour leur chameau alors c'est double portion! Les chameaux surexités entament une danse tende illoujan autour de la voiture, il ne manque plus que le tamtam !

Après une attente fébrile, on sort enfin el kadab du coffre en ayant soin d'en garder assez pour le chameau "Amenokal" qui est mal en point et refuse de bouger: Celui là on a décidé de le mettre au jardin de la mère de Hamani à Djanet le temps qu'il reprenne du poil de la bête. Le jardin c'est comme l'hôpital! D'ailleurs "Kotelet" y a fait un séjour d'une semaine et ça lui a plutôt bien réussi à en voir sa bosse. Depuis la mort de "Kojiro' incinéré d'ailleurs dans le jardin, il faut redoubler d'attentions... Avant de partir Hamani asperge le troupeau avec une bombe insecticide, pour chasser les tiques ! Je n'avais jamais vu cette manière de faire mais il est vrai que j'ai encore beaucoup à apprendre! Ah la vie d'une chamelière c'est pas facile tous les jours..


El kadab


CIRCUIT ELIKI OMOCHI

Notre groupe de japonais est arrivé  cette nuit et on a fait venir les chameaux pour une caravane de 3 jours. La moyenne d'age est de 60 ans avec un pic de 79 ans pour Monsieur J. qui a eu un grand succès à l'aéroport : avec ses longs cheveux blancs et ses bonnes rides, les touaregs se sont exclamés: c'est un ninja! pour eux c'est la photocopie du vieux dans Karate Kid.. Il est le seul homme avec le photographe comme on l'appelle, un sextagénaire jovial qui fume trois pacquets par jour, boit du whisky dans sa tente et se consacre à la photo depuis la retraite. Le reste ce sont des femmes comme on en trouve beaucoup au Japon: retraitées, épouses au foyer, qui prennent du bon temps et partent entre copines aux quatre coins du monde sous l'aile protectrice de leur accompagnatrice préférée! Moi ca va me changer des baroudeurs japonais que j'avais l'habitude d'accompagner jusqu'à maintenant! Les touaregs eux sont plus habitués: entre les italiens qui font eux-mêmes la cuisine et les japonais qui ne mangent que du riz, c'est kifkif.

Après le déjeuner, chacun prend son chameau pour monter à l'ouest de Tisras: c'est une montée et il faut la faire à pied mais apparemment les gens ont mal été briefés et commencent à raler: ils ont payé pour monter à chameau, pas pour le tirer! c'est vrai qu'ils font pitié à voir surtout Monsieur Ninja qui a du mal à marcher..une vraie traversée du désert! Enfin, essoufflés tout le monde arrive au point où peut commencer la méharée: ll était temps. Cette première journée sera très longue et on arrive au campement au crépuscule, le photographe à force de gigoter a cassé la selle et a failli tomber de son chameau Lucky (plus connu sous le nom de Unlucky) , et le chameau de l'accompagnatrice a refusé de se lever! de gré ou de force, il faut marcher ! deux trois heures c'est pas la mer à boire. Le lendemain on s'arrange autrement et chacun trouve chameau à son pied. Ces dames adorent leur animal et l'appellent avec des Tanaka; Shun chan(mon petit shun) affectueux. Sur la bosse, elles montent toutes seules comme des grandes mais par contre au campement pas question de faire local! ce sera riz matin, midi et soir! Riz qui fait partie des 20kg d'alimentation japonaise transportés par l'accompagnatrice qui ne se laisse démonter par aucun imprévu: même par tempête de sable elle est prête à faire son riz. un dévouement total au sevice du client! typiquement japonais. Le jeune cuisinier Ibrahim est un peu decontancé devant toutes ces denrées bizarres qui concurrencent ses plats de salade et de ragout qui font pourtant le bonheurs des touristes occidentaux: ici on préfère manger de la soupe miso, des algues et des prunes salées avec du riz blanc, rond et bien collant! Et en parlant d'algues, nos hommes des sables ne cachent pas leur dégout devant le nori, ces feuilles d'algues séchées que mangent les japonais comme des friandises.. c'est normal les touaregs ne connaissent que les algues vertes au fond de leur jerrycan d"eau donc c'est sûr qu'ils ne vont pas les manger ..

Après des adieux émouvants aux chameaux, on entame la partie 4x4 du voyage moins aventureuse, plus decontractée et de plus en plus surréaliste: Bubei le chamelier s'est transformé en porteur pour ces dames et leurs sacs de 20kg , j 'ai du retourner a Djanet acheter des couvertures car dans une tente avec un duvet ils avaient froid, Ibrahim a demandé à ce que l'accompagnatrice surveille mieux son riz et ne crame plus la casserole (ou alors elle la lavera elle-même), Bile demande chaque jour à un japonais de compter jusqu'a 3 pour lui répondre hilare en tamacheq " non c'est pas moi qui a mangé la viande! " (ichi-ni-san en jap veut dire qui a mangé la viande en langue touareg) , Hamani se fait masser chaque soir le dos par une vieille doctoresse (non ce n'est pas ce genre de massage, il a vraiment mal au dos!!) , le vieux ninja a failli fouttre le feu en dormant avec un mosquito coil (serpentin) allumé dans sa tente pendant une tempête de sable, durant cette même nuit , l'accompagnatrice a deplacé un rocher de 50 kg pour une cliente qui avait peur de s'envoler dans sa tente (il parait que c'est arrive à une dame très bien en Libye..) , je mange chaque matin de la soupe miso et du riz blanc avec mes 3 thés amers comme la vie, et Hamani est devenu spécialiste des omochi, des pates de riz gluant , qu'il pose amoureusement sur le gril et retourne de temps en temps en les éventant jusqu'à ce qu'elles gonflent : à savourer avec une sauce de soja mélangée de sucre ... et une feuille d'algue bien croquante!