D'Alger à Tizi Ouzou


÷Tizi Ouzou   ÷Robe Kabyle  ÷ Matoub Lounes   ÷Al Jazair  

 

TIZI OUZOU

Pour commencer, un peu de rai kabyle, attention CLIQUEZ 2 FOIS !

 

 

Arrivée à Tizi Ouzou. La JSK vient de gagner un match. Elle est sacrée champion d'Algérie pour la 13e fois. La ville est en transe... Le drapeau est la lettre tifinagh Z de l'alphabet berbère pour "amazigh" , l'homme libre.

Tizi Ouzou, 2e ville kabyle après Bejaia, est située dans la grande Kabylie et compte environ 120 000 habitants. Son nom berbère signifie le col des genêts. Pour marquer son appartenance et son identité, la ville arbore fièrement des pancartes et inscriptions en tifinagh. La langue amazigh a été reconnue officiellement après de violentes manifestations.

Accueil chaleureux dans une famille de Tizi. La famille compte 5 filles et 4 garcons, dont 2 résident en France. Les filles sont tres différentes entre elles, l'une farouchement kabyle, l'autre complètement ouverte à la culture arabe.

Dans la salle à manger baignée du chant des oiseaux, on savoure des plats plus délicieux les uns que les autres: poivrons piquants, sardines à l'huile "maison" , tchoukchouka, beignets khfef et biensûr couscous, aux fèves ou sauce rouge.

 

 

La plupart des enfants ont grandis à Alger avant de venir se réinstaller à Tizi Ouzou. L'ainée des filles, Zahida, a appris le kabyle à l'âge de 14 ans et se felicite d'avoir eu cette chance. Zahida a travaillé pendant 15 ans dans un salon de coiffure, comme sa soeur Saida, et a arrêté il y a 1 an. Pour elle, qui a accepté ce travail sous la pression paternelle, il est temps de penser à un nouveau départ. 

Quand on se promène à Tizi Ouzou, on remarque très peu de femmes voilées. Ici, il semble que le hidjab est à la limite du politiquement incorrect. Tout en étant étroitement surveillées par leurs grands frères, les filles cotoient les garçons en bon voisinage. Contrairement à de nombreuses régions d'Algérie, les activités de la vie quotidienne, les repas et les fêtes kabyles sont mixtes.

Par une belle journée ensoleillée mais encore fraîche, nous sommes descendus vers Tigzirt. Les plages sont cachées dans des renforts rocheux où les familles viennent picniquer l'été. Du haut des montagnes, on sent encore les relents du printemps qui a coloré la terre de milles fleurs.

Beaucoup d'hommes ont participé activement au printemps noir. Une révolution avec des cocktails molotov et des pierres. 3 ans d'acharnement et de boycott général. A part la reconnaissance de la langue amazigh, rien n'a changé. Chômage, crise sociale et identitaire se pérpetue pour ces jeunes dont la seule issue reste de s'émigrer en France. Là ils peuvent mettre à profit leur bon niveau de langue française et leurs diplômes. "La Kabylie vit avec l'euro". Mais pour Samir, cette époque est révolue. Lui souhaite aller en France mais pour ramener des investisseurs dans sa région. 


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ROBE KABYLE

De Tizi, nous partons dans les montagnes visiter la cousine Sadia dans un petit village près de Beni Douala. Sadia a 2 filles et 1 garcon tous célibataires. Elle a le regard vif et un teint de jeune fille, grâce a l'huile d'olive me dit-elle. Elle parle quelques mots improbables de francais et me cloue le bec dès mon arrivée par un "Allez ! dégage !" , hérité de l’occupation française. En attendant la récolte des olives en octobre, elle part chaque jour sur sa parcelle récolter le fourrage pour sa brebis, et ses lapins...

Sur une route de montagne, nous croisons un "immigré" avec un Tshirt Leclerc et un ensemble Mao. Il tient absolument à nous montrer sa nouvelle maison qu'il a construite pour sa future épouse. La 3e selon les rumeurs...Comme tous les autres villages, les maisons traditionnelles en pierres font place à des habitations bétonnées à double ou triple étages qui font "tache" sur le paysage.

De retour chez Sadia. Ses filles nous mijotent des bons petits plats. L'une d'elle confectionne des robes kabyles multicolores, la takandert, et les pagnes rouges et jaunes "fatta" qui se nouent autour de la taille. Pour leur faire honneur, je m'habille en kabyle et fais un tour dans le village avec Zahida. L'etonnement ne tarde pas..un villageois se frotte les yeux et me suis jusqu'à la maison " croiser une japonaise en robe kabyle? c'est un porte-bonheur! "

 

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MATOUB LOUNES

sILENCE !  Eteignez le rai et ecoutez le poete des montagnes!   CLIQUEZ 3 FOIS !! 

 

Le petit bus monte avec nostalgie le col sinueux des montagnes. Une musique vivante habitée par un chant profond berce notre voyage. C'est la voix de Matoub Lounes, le chanteur mythique de Kabylie, le poète de tous les imagheren. Il semble habiter les lieux tandis que nous nous dirigeons vers son village natal, sûrement parce qu'il est mort là, quelque part sur la route , dans une Mercedes noire criblée de 78 eclats de balle. "'l'Etat..." me dit-on

Arrivée dans le petit village de Taourirt Moussa. Dès la descente du bus, des murs peints à sa memoire jettent leur plein de couleurs revoltées. En face, un garage réamenagé avec sa voiture et des photos, toujours. QUand il est mort ce 25 juin 1998, il paraît que la Kabylie était en deuil pendant 3 semaines. Des milliers de personnes marchant sur le col des montagnes sont venues se recueillir sur sa tombe érigée sur une stelle en forme de mandole.

 

 

Derrière le garage, sa maison, que sa mère a laissé ouverte aux visiteurs, aux amis. Dedans, c'est un vrai musée où s'entassent pêle-mêle photos, coupures de journaux, sculptures et peintures. L'histoire de cet homme défile comme dans un film, lui qui a même chanté sa propre mort avant de rentrer au pays après son dernier album. Tentative d'assassinat, enlèvement , rien n'a pu faire taire sa voix. 

C'est à Beni Douala, quelques km plus bas, qu'a commencé le "printemps noir". En 2001, un jeune de 20 ans a été assassiné dans la brigade de police qui n'est maintenant plus qu'un mur en ruine. Il s'appelait Massinissa Guermah , plus connu sous le diminutif de Massi, et son nom comme celui de Matoub est à jamais gravé dans le coeur des jeunes kabyles.

Nous redescendons la montagne. Dans quelques semaines, quand les oliviers crépiteront sous le soleil de juin, des pélerins venus des 3 wilayas kabyles viendront commémorer la mort de Lounes et chanter sur sa tombe ses poèmes d'insoumission à grand renfort de sound system. Moi qui ne connaissais pas cette voix amazigh, elle résonne à présent dans ma tête comme un chant sauvage jailli des montagnes de Kabylie.

 

 

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Al Jazair

Retour sur Alger. Après une expérience traumatisante à l'ambassade de France où Zahida a été traitée comme une algérienne dehors, et moi comme une "chinoise" (de taiwan) dedans, on est allé se réconforter autour d'un bon café sur la place de la grande Poste. C'est jeudi et la capitale bouillonne d'activité. Contrairement à Tizi, la plupart des femmes sont voilées avec le hidjab et certaines maquillées comme des pots de peinture, ce qui forme un contraste étrange. Malgré tout, et surtout, on sent un désir de liberté de tous les algérois qui semblent enfin oublier les années noires et se laissent aller à un peu de shopping et de légereté.

Le temps est magnifique. Nous montons jusqu'à Notre Dame d'Afrique dont la place est habitée par des moutons laineux. En bas, la ville rayonne comme les mille reflets de la mer.

Nous redescendons par les routes sinueuses de la ville blanche qui plongent vers les eaux du port.

Sur la promenade du front de mer, des pêcheurs jettent leur canne à peche avec entrain tandis que des couples se serrent sur les bancs et les balustrades. L'été s'annonce très chaud à Alger..

Entrez dans l'ambiance avec une sélection de Cheb Hakim,,, 

ALissa Descotes-Toyosaki

 

 
Slide photos Alger- Tizi Ouzou